Univers de l'Incal

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Univers de l'Incal

Message  deadpool_az le Jeu 1 Mai 2014 - 11:24



Je me suis plongé récemment dans la saga de science-fiction de l’Incal, bande dessinée franco-belge scénarisée par Alejandro Jodorowsky est composée d’une structure principale (« L’Incal », « Avant l’Incal », « Final Incal »), de sagas annexes (« La Caste des Méta-barons », « Castaka ») et de sagas se déroulant dans un univers similaire mais déconnectés de la continuité (« Les Technopères », « Megalex »).

On est plongé dans un univers futuriste et complètement dystopique où les travers du genre humain sont accentués à l’extrême (Transmetropolitan est mignon à côté), ce qui donne lieu à des charges virulentes contre la religion, la politique, les médias. Et les intrigues sont un mélange d’action, de politique (alliances en tous genre), d’humour, de portnawak et surtout d’une bonne grosse dose philosophico-psychologique, avec plein de concepts abstraits au possible. C’est donc un peu dur d’accrocher au début avec « L’Incal » (surtout que ça a légèrement vieilli, 80s powaaa), mais on se plaît progressivement à découvrir l’univers, ces histoires, et surtout toute la saga construite autour John Difool, détective privé minable de classe « R » (oui oui c’est son titre) qui va sans le vouloir devenir détenteur de l’Incal, cet être/objet aux pouvoirs mystérieux et surpuissants. Un univers vaste, dense, complexe et franchement intéressant, pour 38 bouquins au total !

Petit tour de l’organisation de l’univers (merci Wiki) :

- Les Techno-technos : la science et l’église sont intimement liés, les techno-technos sont en même temps les scientifiques et le clergé. Cette secte est dirigée par le Techno-pape, en dessous duquel il y a des techno-évêques et ainsi de suite.

- L’empereur et l’impératrice : l’univers est gouverné par un empereur et une impératrice. A l’époque de l’Incal, ceux-ci sont siamois, appelé l’Impéroratriz.

- Les Aristos : la caste dominante de l’univers de l’Incal est celle des Aristos. Ils portent une auréole, créée par un procédé qui implique tout un trafic qui sera découvert par John Difool.

- Les Méta-baron : caste de mercenaires surpuissants louant leurs services au plus offrant.

- John Difool : le anti-héros, vedette des 3 cycles de l’Incal, accompagné de sa mouette de bêton Deepo. John Difool vit sur Terra 2014, reproduction de la Terre où l’action principale des séries s’y déroule. Terra 2014 est gouverné par le Prez et sa garde de bossus, qui se fait régulièrement cloner d’un corps à l’autre afin de vaincre le vieillissement.


L'Incal t.1-6 (1981-1988)

Grand classique de la BD de science-fiction où dans un lointain futur un détective bas de gamme, John Difool, reçoit l’incal lumière, sorte de pyramide divine aux gigantesques pouvoirs, et qui va être recherchés par de nombreuses factions de l’univers : les Technos (secte de scientifiques), le Préz (dictateur de sa planète), l’Impéroratriz, les Bergs, un méta-baron... Il va devoir s’allier avec d’autres personnes et finira par sauver la galaxie. Ce qui est drôle avec cette bande-dessinée, c’est que plus on se fait à l’univers fouillé et imposant créé par Jodorowsky, ainsi qu’aux nombreux personnages, et plus le scénario est complètement barré. Parce que oui autant tout est à la base profond, carré et bien défini, autant parfois on est en plein dans l’explosion psychédélique, on nage dans des concepts indéfinissables et on perd ses repères. Mise à part ça, c’est prenant, plein de rebondissements, drôle, plein d’action, ça fait travailler l’imagination... Je regrette juste que la plupart des personnages ne sont qu’esquissés. Et pour les dessins, Jean Giraud trouve enfin son « style Moebius » si spécifique, à la fois détaillé et épuré, grandiose, dynamique, en plus avec des couleurs très bien pensées... Du grand art pour une grande œuvre de la bande dessinée.


Avant l’Incal t.1 à 6 (1988-1995)

Jodorowsky n’attend pas et commence à plancher sur le prequel à l’Incal juste avant la fin de la saga originelle. On y découvre un John Difool un peu plus jeune mais également plus mûr, qui va se voir confier une enquête qui va l’emmener bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer, dans un mystère impliquant le Prez, les Technos-technos et toute la haute aristocratie du monde où il sied. C’est durant cette aventure qu’il va faire la connaissance de son mentor, de son oiseau Deepo et d’un grand amour. Un récit beaucoup moins fouillis que l’Incal, peut-être parce qu’on commence à bien connaître ce monde dystopique et complètement barré, et qui alterne humour, action, suspens, tout en étant bien trash et en pointant les défauts de l’humanité avec férocité. C’est vraiment prenant et ça met tout en place pour L’Incal, qu’il donne fortement envie de relire. C’est Zoran Janjetov qui va remplacer Moebius sur les dessins, et il s’inspire très fortement de son style, du coup on n’est pas dépaysé même si son trait plaisant est loin d’égaler la maestria de Jean Giraud.


Après l’Incal t.1 (2000)
Final Incal t.1-3 (2008-2014)

L’histoire de cette série est assez intéressante, puisque au départ c’est Moebius qui devait dessiner cette conclusion à l’Incal (« Après l’Incal »). Mais comme Jodo souhaitait partir sur d’autres bases et que le trait de Moebius ne lui convenait pas pour ce qu’il désirait faire, il a fait redessiner entièrement l’histoire par Ladrönn en modifiant le scénario des 16 dernières pages (« Final Incal »). Et pour ne pas perturber les lecteurs, les éditions Humanoïdes Associés ont publiés pour les tomes 2 et 3 à chaque fois une édition « Après l’Incal » et une édition « Final Incal », bien entendu identiques (sauf que le tome 2 de « Après l’Incal » contient en préambule les 16 nouvelles pages de « Final Incal t.1 », ça va vous suivez ?).

Bon, et l’histoire dans tout ça ? Sur Terra 2014, les Technos-Technos ont apportés un virus révolutionnaire censé transformer les êtres de chairs en métal, et le Prez (devenu Robot-Prez), devenu en parti cinglé, décide d’envoyer le virus contaminer l’univers entier. C’est là qu’intervient, encore une fois sans spécialement le vouloir, John Difool, qui va devoir faire équipe avec l’homme-chien Kill ou encore son amour Louz de Garra. Encore une fois un très bon soap-opéra, à la fois grandiose (de grandes batailles galactiques) et intimiste (les personnages sont de plus en plus creusés). Et toujours avec cette dimension philosophique et abstraite dans laquelle se plait Jodorowsky, ainsi que cette charge féroce contre les travers de notre société (les passages avec les citoyens transformés en robots sont excellents). De la science-fiction de qualité, avec en plus un excellent dessinateur aux pinceaux : José Ladrönn. Son style un peu rugueux et indé, mais à la fois très réaliste, convient parfaitement au ton de la série, et sa précision comme son storytelling sont quasi parfaits, tout comme sa colorisation. Vraiment rien à redire.


Les Mystères de l’Incal (1989)

Etude et analyse de la bande dessinée L’Incal par Jean Annestay, en collaboration avec Jodorowsky et Moebius et garni de magnifiques illustrations de ce dernier. Cette analyse fine permet de se rendre encore plus compte de la complexité et des multiples niveaux de lecture de l’œuvre, brassant de tous les genres et d’une profondeur ahurissante. En prime, les deux auteurs ont gratifié l’album d’une histoire inédite d’une dizaine de pages, nous montrant pour quelle raison le Méta-baron a accepté d’élever l’androgyne Solune, fils d’Animah et de John Difool.


La Caste des Méta-Barons t.1 à 8 (1992-2003)
Les Armes des Méta-Barons (2008)

Dans le monde de l’Incal de Jodorowsky, l’histoire sur plusieurs générations des Méta-Barons, la famille la plus puissante de l’univers, de sa fierté et de ses rites de passage : le fils qui doit tuer son père pour transmettre son pouvoir, la mutilation, etc., le tout dans un univers galactique complexe et violent à la Warhammer 40.000. 8 tomes en tout, qui vont des « ancêtres » (Othon le trisaïeul, Honorata la trisaïeule, Aghnar le bisaïeul, Oda la bisaïeule, Tête d’Acier l’Aïeul, Dona Vicenta Gabriela de Rhoka l’aïeule, Aghora le père-mère) jusqu’à Sans-Nom le dernier Méta-Baron, un des protagonistes principaux de L’Incal et qui donnera son nom au 8ème tome de la saga des Méta-Barons. Chaque tome décrit donc l’histoire d’un Méta-Baron, et malgré une progression au fil des tomes vers du gore et du malsain gratuit, l’ensemble se révèle assez captivant et finalement suffisamment bien géré pour ne pas être redondant, malgré une narration uniquement faite par deux robots bavardant dans la citadelle de Sans-Nom en attendant patiemment son retour d’une mission. Les mondes décrits sont exotiques à souhait, les personnages badass au possible, bref du récit de science-fiction plein de fureur, de sang et de combats de vaisseaux spatiaux. Le tout est magnifiquement mis en image par Juan Gimenez, digne héritier de l’époque Métal Hurlant (Bilal, Druillet, Moebius) qui rend des superbes fresques, parfois un peu figées mais aisément pardonnées par la puissance qui s’empare des planches peintes. 5 ans plus tard Jodo s’associe cette fois à Travis Charest (WildCATS) et Zoran Janjetov (Avant l’Incal et les Technopères, toujours dans l’univers de l’Incal) pour nous faire assister à une sorte de quête initiatique de Sans-Nom. Très anecdotique, l’ensemble s’essouffle vite et ne vaut le coup d’œil que pour les planches de Charest, parfois superbes mais parfois aussi malheureusement complètement ratées.


Castaka t.1-2 (2007-2013)

Les origines de la famille des Castaka, ancêtre des Méta-Barons. Une épopée guerrière encore une fois empreinte des principaux thèmes qu’affectionne Jodorowsky, notamment la fusion alchimique des corps, l’âme, la généalogie, le tout dans un monde science-fictionnelle très intéressant. Un récit un peu moins inspiré que La Caste des Méta-Barons, mais il faut dire aussi que le style Jodo commence à être un peu redondant après toutes ces lecture. Il n’empêche qu’on en apprend beaucoup sur l’origine de la caste, notamment ce tatouage d’oiseau blanc présent sur le torse des Méta-barons et qui se transmet de générations en générations. Sur les dessins, Das Pastoras produit de très belles illustrations peintes. Ça manque un peu de dynamisme mais ça n’en reste pas moins plutôt joli à regarder.


Les Technopères t.1-8 (1998-2006)

Une série assez particulière du point de vue de l’univers de l’Incal puisqu’elle se place dans un univers similaire, voir parallèle à celui de l’Incal, mais n’a rien à y voir en terme de continuité. On assiste, par le biais de ses mémoires, à l’ascension d’Albino, Technopère suprême, et à l’aventure qu’a vécue sa famille d’un autre côté avant qu’il ne les retrouve. Parti de rien, Albino va progressivement gravir les marchés de la caste des Technos-technos, tout en s’apercevant de leurs exactions pour gagner plus de pouvoir en corrompant la populace. 8 tomes en tout, toujours avec la même structure : on se situe au début dans le présent, où Albino migre dans un vaisseau avec 500 000 de ses fidèles dans le but de coloniser une planète avec ses vrais valeurs : la nature, l’amour, et oublier tous les préceptes Technos-technos plaçant la technologie au-dessus de toute autre valeur. A chaque fois il se passe une péripétie, puis Albino retourne à ses mémoires et nous compte son aventure, puis celle de sa famille. Toujours un peu pareil donc, faisant de cette saga des Technopères un ensemble mollasson et routinier. Pas forcément mauvais, on se plait à suivre les intrigues mais rien de transcendant non plus, d’autant plus que Jodorowsky en profite pour nous abreuver de ses concepts métaphysiques et spirituels et la saga des Technopères se révèle de loin la saga la plus barrée du monde de l’Incal ! De la science-fiction conceptuelle, en somme, même si les scènes d’actions et combats galactiques ne sont pas en reste. Sur les dessins, Zoran Janjetov se révèle très statique, et ses dessins peu détaillés ne doivent leur intérêt qu’aux couleurs métalliques plutôt réussies de Fred Beltran.


Megalex t.1-3 (1999-2008)

L’histoire d’une planète-cité totalitaire où chaque humain est en fait un androïde cloné avec une durée de vie limitée, où seul subsistent quelques groupes de résistants écologistes. Si le début de l’histoire (notamment le tome 1 dans son ensemble) n’est pas très palpitant, on découvre peu à peu l’histoire de la planète comme son fonctionnement et tout cela s’avère vite plutôt intéressant (quelque scènes sont mémorables), avec en plus une galerie de personnages qui s’étoffe au fur et à mesure de l’intrigue. Sur les dessins c’est Fred Beltran, coloriste des Technopères, qui prend en charge le graphisme, et il s’avère plutôt doué, autant pour les scènes d’exposition que pour les visages ou l’action. Dommage par contre que le côté « textures ajoutées avec l’informatique » ait tant vieilli… Ces trois tomes forment un cycle se suffisant à lui-même, mais les grosses intrigues principales ne sont pas entièrement conclues et malheureusement il est peu probable qu’on en voit la suite.

_________________
avatar
deadpool_az
Ganache Admin
Ganache Admin

Messages : 3249
Date d'inscription : 09/05/2008
Age : 30

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum